La plupart des architectes connaissent leur taux horaire contractuel. Celui inscrit dans les contrats, utilisé pour chiffrer un avenant ou justifier une prestation complémentaire.
Mais ce n’est pas ce chiffre qui dit si l’agence gagne réellement de l’argent.
Le vrai indicateur, c’est le taux horaire réel : les honoraires effectivement perçus, divisés par les heures réellement passées.

- Un contrat peut afficher 110 €/h.
- Une mission peut finir à 78 €/h sans que personne ne s’en aperçoive.
- Une phase DET peut absorber toute la marge d’un projet pourtant “bien vendu”.
- Et un bilan annuel peut révéler trop tard ce qu’un suivi hebdomadaire aurait permis de corriger.
Le taux affiché rassure. Le taux réel tranche.
Dans beaucoup d’agences, le taux horaire existe déjà quelque part. Il figure dans le contrat type, dans une annexe, parfois dans les conditions particulières.
Il sert à cadrer les avenants, les prestations supplémentaires, les modifications de programme ou les prolongations de chantier imputables au maître d’ouvrage.
Mais dans la pratique, la majorité des missions privées sont vendues au forfait.
APS, APD, PC, PRO, DCE, VISA, DET, AOR : chaque phase reçoit une part d’honoraires, indépendamment du nombre d’heures réellement nécessaires pour produire le travail.
Le taux horaire réel est donc très simple à calculer :
Taux horaire réel = Honoraires HT perçus ÷ Heures réellement passées
La difficulté n’est pas mathématique. Elle est organisationnelle.
Encore faut-il savoir combien d’heures ont été réellement consommées, phase par phase.
Le problème n’est pas la mission. C’est la phase qui dérape.
Prenons une mission de réhabilitation vendue 22 000 € HT.
Sur le papier, l’agence prévoit environ 194 heures. Le taux théorique est donc d’environ 113 €/h.
En fin de mission, elle constate 248 heures réellement passées.
Le taux horaire réel tombe à environ 89 €/h.
L’écart est de près de 22 %.
Ce n’est pas anodin. À l’échelle d’une année, c’est souvent la différence entre une agence rentable et une agence simplement très occupée.
Mais le plus intéressant n’est pas le total. C’est le détail.
Dans une mission de réhabilitation, les mêmes phases reviennent souvent en zone rouge :
- le PC, avec les allers-retours d’instruction ;
- le VISA, avec des études d’exécution incomplètes ou non conformes ;
- le DET, avec les réunions supplémentaires, les aléas de chantier et les désordres découverts en cours de route.
Pendant ce temps, les phases d’études peuvent rester très rentables.
L’agence a donc l’impression globale que “la mission passe encore”, alors qu’une ou deux phases absorbent silencieusement toute la marge.
Une mission ne devient pas déficitaire d’un coup. Elle le devient phase après phase, dans le calme administratif le plus total.
Pourquoi le forfait rend la marge invisible
Le forfait a une vertu commerciale évidente : il rassure le client.
Il annonce un prix global. Il donne un cadre. Il évite de transformer chaque heure de travail en discussion comptable.
Mais pour l’agence, il a un défaut majeur : il masque la rentabilité réelle.
Sans suivi des heures par phase, impossible de savoir si le forfait reste cohérent avec l’effort produit.
L’agence avance. Elle livre. Elle facture. Elle enchaîne.
Puis, parfois six mois plus tard, elle découvre que la mission était vendue trop bas.
À ce moment-là, il est trop tard pour corriger quoi que ce soit.
Ce que permet le taux horaire réel
Suivre le taux horaire réel ne sert pas à faire de la comptabilité pour le plaisir. Ce serait une activité assez discutable, même avec un bon café.
Cet indicateur sert à piloter.
Il permet d’abord de chiffrer les futures missions sur des données réelles, et non sur la mémoire approximative du dirigeant.
Il permet ensuite d’identifier les phases structurellement déficitaires. Si le DET dépasse systématiquement, ce n’est plus une impression : c’est une donnée.
Il permet aussi de défendre un avenant avec des preuves. Un temps supplémentaire documenté se négocie mieux qu’un ressenti.
Enfin, il permet d’agir pendant la mission, avant que la marge ne soit déjà consommée.
La bonne méthode : suivre par phase, chaque semaine
Le bon niveau de lecture n’est pas seulement la mission.
C’est la phase.
Une saisie globale par projet dira simplement : “nous avons passé trop d’heures”.
Une saisie par phase dira : “le PC a dépassé de 40 %, le VISA de 35 %, le DET de 46 %”.
Ce n’est pas le même diagnostic.
La méthode efficace repose sur quatre principes :
- saisir les heures par mission et par phase ;
- comparer le budget prévu aux heures réellement passées ;
- déclencher une alerte avant le dépassement, pas après ;
- recalibrer les futurs devis avec les données observées.
Un seuil d’alerte à 80 % des heures prévues, par exemple, permet encore de réagir.
Réorganiser l’équipe. Prévenir le client. Préparer un avenant. Ou, au minimum, décider consciemment d’absorber le dépassement.
Ce qui change tout, c’est de ne plus le découvrir trop tard.
Excel peut le faire. Rarement longtemps.
Oui, tout cela peut se faire dans un tableur.
En théorie.
En pratique, le fichier devient vite une petite copropriété sans syndic : chacun y entre comme il veut, les versions se multiplient, les formules vivent leur vie, et personne ne sait plus exactement quel onglet dit la vérité.
Le sujet n’est donc pas de savoir si Excel peut calculer un taux horaire.
Il le peut.
Le sujet est de savoir si l’agence peut maintenir ce suivi dans la durée, sans ressaisie, sans oubli, sans fichier parallèle, sans bricolage du vendredi soir.
C’est là que le pilotage doit devenir un système.
Le taux horaire réel n’est pas un indicateur de plus
Une agence qui ne suit pas son taux horaire réel par phase ne manque pas seulement d’un tableau.
Elle manque d’un signal d’alerte.
Elle risque de reproduire les mêmes erreurs de chiffrage, mission après mission.
Elle laisse les phases déficitaires se cacher dans un forfait global.
Elle négocie ses avenants sans base chiffrée.
Et elle découvre au bilan annuel une érosion de marge qui aurait pu être vue bien avant.
Le taux horaire réel transforme une intuition diffuse — “on travaille beaucoup, mais est-ce vraiment rentable ?” — en diagnostic exploitable.
Mission par mission.
Phase par phase.
Semaine après semaine.
Le calcul est simple. Le suivre vraiment l’est beaucoup moins.
ArchiKPI suit automatiquement le taux horaire réel par phase, à partir de la saisie hebdomadaire du temps de l’équipe.
Les honoraires prévus, les heures passées, les écarts et les alertes sont rapprochés en continu.
Pas en fin d’année.
Pas après la réception.
Pas quand la marge est déjà partie en visite de chantier non facturée.
Avant.
C’est toute la différence entre constater une dérive et piloter une agence.